La parenthèse enchantée

Dans exactement trois semaines, je m’agenouillerai devant ma merveilleuse et sublime souveraine. Elle sera assise dans son fauteuil qui fait l’angle. Je serai dans une position de dévotion, le visage en révérence prostré, nu car elle apprécie que son soumis le soit lorsqu’elle est habillée, les poignets l’un sur l’autre contre le bas du dos, le cou dans un collier de chien, sa laisse pendante dont l’anse frôle mon sexe imberbe et incandescent.

 

Dans exactement trois semaines, je serais heureux.

 

J’aurais alors retiré vos bottes dont les talons ont claqué, un peu plus tôt, dans le couloir lorsque vous êtes venue me chercher; des claquements secs qui déclenchent un désir brûlant dans l’âme de l’esclave qui attend. Je masserai ensuite votre voûte plantaire si belle ; je déposerai mille baisers sur cette peau si douce; j’avalerai, tel l’affamé d’amour que je suis, vos doigts et vos pouces ; j’admirerais enfin la beauté sculpturale de vos mollets et ce magnifique tatouage qui orne et entoure votre cheville droite.

 

Dans exactement trois semaines, je serais à vos pieds, Mademoiselle Angie.

 

Ce sera, alors, l’Eden de quelques instants, le paradis du moment éternel, une parenthèse enchantée d’une heure.

 

Mais le pèlerinage pour atteindre les portes de votre royaume est pavé d’exigences légitimes. D’épreuves aussi. Le mien dure trois semaines et vous le guidez car vous êtes bonne et juste.

 

Il y a les messages matinaux. Un tous les jours. C’est par le biais d’une grammaire irréprochable, un style élégant et épuré, que je vous souhaite une journée agréable, emplie de belles actions, de belles rencontres et de douces émotions. Vous pourriez ne pas répondre à la missive, ne pas y prêter d’attention particulière. Ce serait votre droit le plus absolu. N’êtes vous donc la propriétaire de cet esclave écrivain? Cette possession vous permet tout et surtout celui de demeurer dans l’absence. Pourtant, il en n’est jamais rien. Vos réponses viennent toujours, il suffit de patienter un peu dans la journée. Elles sont empreintes de beaucoup de tendresse, de joie et, parfois, patinées de domination. Et lorsque mon téléphone vibre du message qui apparaît, le bonheur se faufile dans mon ventre et mon âme.

Il y a aussi cette interdiction de jouir. Pour que le flot de sperme, à la fin de l’heure merveilleuse, soit abondante et que le plaisir de libérer la semence me fasse voyager jusqu’aux étoiles. Certes, trois semaines, c’est long et je n’ai guère le goût à la Gynarchie. Alors, il y a deux jouissances possibles durant les deux premières semaines. Mais les conditions sont singulières : Dans les latrines d’un café pour la première ; nu et à genoux malgré le froid de l’hiver sur les bords de la Seine pour la seconde.

Il y a également ce Plug que je dois porter en multiples circonstances. Il écarte ma fleur d’anus pour le préparer à vos assauts futurs. Et, malgré sa petite dimension, il fouille mon fondement. Sa sensation de chaque instant revendique votre possession sur mon humble personne.

Et, enfin, il y aura toutes les autres exigences, tous les ordres nouveaux qui émaneront de votre fertile imagination et pour lesquels j’obéirais avec honneur et révérence. L’obéissance est obligatoire pour que le pèlerinage jusqu’en votre terre sainte soit la plus féconde possible.

Parce que vous êtes sublime, Maîtresse Angie, votre exigence du corps parfait d’esclave est naturelle. Que ma nutrition soit adaptée à la non-prise de poids, voire même à sa perte, est légitime. Toutefois, elle n’entre pas dans le cadre des trois semaines. C’est devenu une hygiène de vie. Et je vous remercie de m’avoir aiguillé, par le biais de livres énumérant les possibilités diététiques. J’aime à choisir à la cantine les plats qui sont adéquats à ceux qui ne le sont pas. J’apprécie à devenir beau. Non pas pour le regard des autres femmes mais juste pour que votre satisfaction soit entière lorsque je suis nu, à vos pieds. Le sport est aussi une condition sine qua non pour que se dessine davantage les muscles et que votre jugement du corps d’esclave soit positif. Curieusement, cette démarche me donne confiance en moi. Je suis célibataire, plutôt charmant, ayant une rhétorique facile et un sens de l’humour qui fait généralement mouche. Cette hygiène nouvelle ne peut qu’optimiser ma capacité à séduire. Pourtant, ce n’est pas la finalité de ma démarche. Mon but unique est celui de vous convenir durant une heure.

Certes, lors des trois semaines, je saute les repas, les réduisant de trois à deux au début puis de deux à un durant l’ultime semaine. Mais, cela n’est pas pour perdre encore et toujours du poids. Dans ce cas-là, j’entre en spiritualité. Les moines et ermites ne se sustentaient que très peu. Cela leurs permettaient d’entrer en résonance avec leurs dieux. N’êtes vous pas ma déesse ? N’ai-je pas le droit d’entrer en écho, en harmonie avec les rêves de ma maîtresse ?

 

Et, ainsi, durant ce pèlerinage, malgré votre absence physique, vous m’accompagnez à chaque moment de mon existence.

Puis, arrivent les derniers jours.

Viendra, alors, le rendez-vous chez l’esthéticienne pour que le buste soit imberbe. Viendra les onguents et les crèmes pour que la peau d’esclave soit douce. Viendra, la veille, le rasage du sexe et de la raie. Viendra enfin le choix des vêtements. Bien que vous ne les verrez sur moi qu’un court instant, il est important que je vous apparaisse séduisant. Chaque moment est solennel, chaque instant un cérémonial.

 

Je suis prêt.

Il suffit d’attendre l’heure convenue.

 

L’ascenseur me monte au sixième étage et au septième ciel. La porte d’entrée est entrouverte. Je m’y glisse avec cette frénésie de l’étape ultime. Je vous sais derrière, belle et radieuse. J’aime croiser votre regard que je ne croiserais plus ensuite. J’aime vous baiser la main que vous me tendez. J’aime vos phrases si quotidiennes et si souriantes: « Comment va-tu Benoît ? » « Tu n’as pas eu froid sur ta moto ? » « Moi, j’ai été frigorifié ce matin dans la rue ! ». Puis, il y a la phrase qui déclenche le jeu : « Tu connais le chemin, tu sais ce que tu dois faire. »

 

Vous êtes toujours sublime, dans une élégance raffinée qui vous sied tant. Vos pieds sont gainés d’escarpins ou de bottes, parfaitement cirés. Vos jambes longues, fines et musclées sont nues. Elles n’ont pas besoin d’être serrées de bas ou de résilles pour dégager cette sensualité qui est si naturelle chez vous. Vous portez une jupe courte qui, durant l’heure, glissera légèrement et offrira à votre soumis la vision superbe d’un peu de vos fesses. Votre poitrine et votre ventre, dissimulés par une robe noire ou un bustier en dentelle, ne sont que pure merveille à admirer : votre taille de guêpe, la tonicité des vallons, le port altier de votre tête. Il y a enfin votre visage d’ange, maquillée dans une simplicité suffisante pour rehausser votre beauté, des yeux en amandes d’une douceur de nuages à l’aurore et qui deviendront cruel dans quelques instants, des lèvres toniques par lesquels se libéreront les exigences futures de la dominatrice….J’admire un instant tant de beauté et de raffinement. Un instant seulement, car bientôt, mes yeux traîneront au sol. Lors d’une séance et durant une seconde seulement, j’ai osé porter mon regard au votre. La sentence fut instantanée : une gifle sévère me ramena à la raison du parquet.

 

Ainsi, je file dans votre salle de bain. Il y fait toujours chaud. Je me déshabille sans précipitation car ceci est mon ultime cérémonial. Je ne maîtriserai plus la suite. Puis je m’agenouille, les bras dans le dos, le visage baissé. J’attends d’entendre les claquements secs de vos escarpins. Je suis à vous. Objet de vos moindres envies. Heureux de l’être. Heureux de vous savoir satisfaite du corps proposé…

 

Une heure, enfin, d’intense émotion.

 

Je vous précède à quatre pattes pour entrer dans la salle ou tout se passera. J’aime cette animalité docile qui m’imprègne. J’aimerais que vous me promeniez ainsi dans la rue, dans la forêt. Que vous m’appreniez à faire le beau et à aboyer, a devenir votre fidèle compagnon. Cela viendra en son temps, je le sais…

 

De la pièce se dégage une musique douce et spirituelle. Il y fait chaud encore et, même si je ne crains pas le froid, j’apprécie l’attention de ma maîtresse d’avoir pensé au confort immédiat de son esclave. La lumière est tamisée. Le lieu sent merveilleusement bon et, comme toujours, il est raffiné d’objets, de meubles et de tableaux qui prouvent une nouvelle fois votre goût sur pour la beauté, l’art.

 

Puis, viennent les liens qui attachent, les uns aux autres, mes poignets et mes chevilles. J’aime ça. Plus je suis entravé, plus j’aime ça.

 

Je monte sur la table, toujours à quatre pattes. Je n’aime guère être à votre hauteur. Je n’y ai pas ma place. Ma place est à vos pieds. Mais je sais que la table est un élément approprié pour ce que vous souhaitez me faire subir. Vos doigts retirent mon Plug puis ausculte l’anus. Ils entrent, l’écartent, le manipule au gré de vos envies. Votre voix douce et caverneuse me traite de chienne en chaleur (ce que je suis), de salope (ce que je suis toujours). Un gode ceinture cercle vos hanches. Gode que je sucerais avec délectation pour que ma bave facilite au mieux la pénétration. Et là, après quelques minutes ou vous préparez ma rose à l’acceptation du plastique dur, vous me défoncerez sans coup férir. Je serre les dents, subis la perforation en vous remerciant. Je n’ai pourtant aucun goût pour cela. Jamais, je n’aurais imaginé un jour subir l’assaut d’un membre d’homme, même en plastique. Aucune femme aimée ou non n’avait pu, ne serait-ce qu’une phalange, glissé dedans. Pas vous, Divine maîtresse. Vous, vous avez su tout de suite que cet anus était votre, uniquement votre, et vous l’avez pris sans la moindre réflexion. Et j’aime vos mains douces sur mes hanches.

 

Après le démontage en règle de mon cul, il y a le fouet qui flagelle mes fesses déjà meurtries et mon dos encore indemme. J’aime leurs miaulements quand ils lacèrent. Un jour, mon corps entier et offert sera le réceptacle de tant de soin. Mais ma maîtresse sait aussi que je suis novice, elle sait quand ce jour viendra. Elle est si attentive, si à l’écoute de son esclave…

Puis, viendront ensuite les fessés qui tannent le cuir de peau. Le contact de vos mains est une caresse violente. La simple résultante de ma condition d’objet à punir.

Il y aussi mon sexe qui n’est plus sexe mais un bout de moi qui rougit dans un violet clair. La corde avec laquelle vous le nouez, les pinces qui s’accrochent aux bourses et ailleurs, les griffures de vos ongles transforment ce bout de peau dont je suis d’habitude si fier. Il devient sculpture contemporaine, trophée dont vous vous emparez. Il bave abondamment d’un liquide séminale blanchâtre parce que j’aime ça. Mon sexe n’en est plus un durant une heure de bonheur et de douleur jouissive. Ensuite, vous pincez mes tétons sans la moindre vergogne. Chez moi, il m’arrive d’accrocher une pince à linge à chaque sein. Mais là, cela dépasse tout. Les meurtrissures me font gémir. La pression m’arque boute en toute position et dans tous les sens. Et je vous remercie encore et encore de tant d’attention. Ma nécessité à être aimé dans la souffrance est une question régulière lors de ma thérapie. Mais, pendant cette heure merveilleuse, je profite pleinement de ce pourquoi je suis là, de ce pourquoi aussi je vous aime tant ….

 

Je ne peux détailler sereinement une heure auprès de Maîtresse Angie.

Ma Maîtresse Angie.

 

J’avoue aimer aussi ce moment où elle me mène dans un coin, le cul en l’air pour jouer avec la corde qui permet de remuer, tel un hochet, ma bite violette. J’aime aussi quand, à genoux entre ses cuisses, elle me triture la poitrine de pincements aigus tout en jouant avec ses escarpins de mon phallus.

 

J’avoue tout aimer.

 

Et puis il y a aussi les possibilités futures : Par exemple, ce placard qui m’attend prochainement pour me cloîtrer, me mettre hors-monde et dans la nuit. Ce placard me fait rêver.

 

Et enfin, il y a la jouissance qui vient, superbe, éblouissante. Jouissance qui tarde toujours à venir. Ma sexualité est ainsi faîte. Vous prenez patience, accompagnez les vibrations sur le sexe en train de se tendre par des mots parfois crus, parfois tendres, parfois descriptifs de la scène qui s’offre à vous. Là, vous me permettez de vous admirer. Et je vous admire.

 

Alors je m’agenouillerais une dernière fois devant Maîtresse Angie, sublime et merveilleuse. Je baiserai chacun de ses pieds, tout en espérant que vous me tendiez la main pour que je puisse la baiser aussi en signe de remerciement infini.

 

Enfin, je retournerai vers la salle de bain pour me rhabiller. Maîtresse Angie, s’approchera de son esclave qui ne l’est plus un instant mais qui le sera toujours tout de même, afin de converser avec lui de ses ressenties et de ses sensations. Mademoiselle Angie le fait toujours dans un sourire radieux et un regard pétillant qui exprime la joie naïve, peut être, de vivre heureuse.

 

Je repars dans une joie visible à mon sourire collé à mon visage. La pression de ma selle de moto sur mes fesses écarte mon anus davantage encore. Mes tétons sont douloureux au contact du tissu de la chemise.

Et j’en suis heureux.

Heureux pour de longues semaines.

 

Mais, il n’y a pas un jour ou je ne pense pas à vous…Pas un jour ou votre image ne glisse pas dans mes pensées les plus agréables.

Et, un jour, j’oserais vous embrasser l’une de vos cuisses sans votre accord bien sur et en sachant pertinemment que la sanction sera aussitôt appliquée…J’enfreindrais les règles juste pour un simple geste de tendresse qui m’est, aujourd’hui, nécessaire à vous transmettre.

 

Je vous aime, Maîtresse Angie…

Comment peut-on ne pas vous aimer ?

 

Benoit