Les nuits poupres

 

 

Pour tout vêtement, la moiteur de la cave qui enveloppe mon corps nu. Un sexe englué dans une cage en plastique. De la bave qui coule sur mes tétons plissés par l’acier des pinces. Un bâillon bouche, noir comme la nuit de cette petite pièce. Un Rosebud enfoui en moi et les poignets, les chevilles enchaînés contre l’un des quatre murs. Juste une lumière jaunâtre, comme la paille qui colle à mes jambes, se glisse sous la porte close par un cadenas à l’extérieur. 

 

Et un esclave qui espère et prie la divine apparition.

 

Je suis une chose dégoulinante de sueur et d’espoir. Ma propriétaire viendra me chercher bientôt. Je ne sais quand. De toute manière, j’ai perdu la notion du temps. Je somnole parfois,  dans un rêve éthéré, merveilleux d’attente et de douleur. Je pourrais bander comme bois sec si je le pouvais mais la ceinture de chasteté me l’interdit. Alors du liquide séminal dégluti de mon gland en de longs filaments blanchâtres. Parfois, je retourne à la vie réelle lorsque d’autres esclaves, comme moi, bougent, déglutissent dans la moiteur de leurs propres cellules, dans le sale de leurs propres pailles, dans leurs propres nuits closes par les cadenas de leur propre Maîtresse…

 

Celle pour qui je suis là, à qui j’appartiens, se nomme Mademoiselle Angie. Elle est d’une beauté fulgurante et vorace. L’image exacte d’une déesse de la nuit et du jour. Elle est l’ange et le démon, celle qui exige et celle qui caresse. Celle qui écoute, surtout, les mélopées de son vouloir et les plaintes jouissives de son esclave.

 

Il suffit, donc, d’attendre, mon corps pétri de douleur et de désir. Attendre le son de ses claquements de bottes qui descendra de l’escalier en pierre. Alors, je me redresserai  pour me mettre dans une position parfaite, fier d’être son soumis. J’écarterais les genoux, me tiendrais droit, les mains posées sur mes cuisses avec les paumes au ciel. Et le miracle se produira alors. Dans l’ouverture de la porte, elle apparaîtra, divine, dans un halo de lumière.

 

Je ne suis là que pour ça : la voir, si belle, apparaître.

 

Claquements de talons.

Quelqu’un descend.

La démarche est sûre, exigeante. Les pas s’approchent et l’on entend dans toutes les cellules de la cave les esclaves se mouvoir. Il font comme je fais, me dresser, me préparer à recevoir le plus dignement possible celle que nous aimons. Les pas s’éloignent de mon cadenas. Une clé triture l’ouverture d’une lointaine porte.  J’entends une plainte puis une voix de Maîtresse qui s’élève.  Cela m’amuse qu’un autre que moi passe un sale quart d’heure.

 

Mais, il y a un autre cadenas que l’on farfouille. Elles sont deux. Je n’ai pas entendu les talons de la seconde car j’étais trop occupé à essayer de comprendre ce qui se disait ailleurs. C’est mon cadenas. La porte s’ouvre. Avec fulgurance, la beauté parfaite est devant moi. Mes yeux souffrent de trop de beauté ou de trop de lumière. Je me redresse hâtivement mais, déjà, je n’ai pas été à la hauteur.

 

Je baisse mon regard, un temps trop tard. Divine Maîtresse n’aime pas être admirée. Elle n’aime que les esclaves qui se prosternent devant elle. C’est les lacérations de la cravache sur mes épaules qui prouvent mon erreur.

 

-« Comment oses-tu ? hurle-t-elle «  Comment oses-tu te prétendre être à mes pieds sans suivre les règles les plus élémentaires ? Qui suis-je à tes yeux ? Une simple bonniche ? »

 

Deux gifles me brûlent les joues. Son talon me pousse vers le sol. Je m’effondre contre le mur. Je souhaiterais faire mes excuses mais le bâillon m’en empêche ! Je rêve de m’affaler pour baiser ses bottes mais je ne le peux !

 

-« Chien tu es ! Chien tu restes ! »

 

Mademoiselle Angie se saisit de mon sexe, déjà brûlant. Elle joue et pince les bourses,  manœuvre la ceinture de chasteté dans tous les sens. Sa main est badigeonnée du liquide blanchâtre qui n’en finit pas de couler. Elle s’essuie sur ma poitrine puis s’amuse avec les pinces accrochées à mes seins. Le bâillon étouffe mes râles…

 

-« Tu es dégoûtant ! Mais la prison te convient si bien ! Non. Pas une prison. Un chenil ! »

 

Divine Maîtresse desserre les liens aux poignets et aux chevilles, puis m’enserre le cou du collier de chien que j’aime tant porter.

 

-« Viens. Il est temps de laver tout ça. Mais une douche n’est pas légitime pour un animal, comme toi, si mal dressé ! »

 

Des ampoules, pendues à leurs fils électriques, illuminent le couloir, dont le sol est en béton brut. De chaque coté, des portes closes. Derrière moi, j’entends une cravache qui claque. Le pauvre esclave de tout à l’heure passe décidément un bien mauvais quart d’heure. Mademoiselle Angie tire sur ma laisse sans la moindre douceur. J’aperçois, parfois, ses talons  quand j’ose lever les yeux. Mais, je n’admire pas les jambes sublimes de ma Maîtresse, le cuir de sa courte jupe qui offre aux autres les rondeurs d’un fessier sublime. Je n’ose pas car la leçon est assimilée…

 

-« Angie ! Tu as récupéré ton soumis ? »

 

Une autre Maîtresse vient de descendre de l’escalier. Je ne la vois pas, je l’entends juste.

 

-« Soumis est un bien grand mot pour lui ! Il a encore beaucoup à apprendre ! »

-« Et pour notre soirée ? Tu l’attribues à notre service ou à nos jeux ? »

-«  Sincèrement, c’est un bon serviteur et un bon valet mais, là, je ne sais plus trop. Je vais peut être ne pas l’utiliser ce soir. »

-« vraiment ? »

-« Il m’a regardé dans les yeux à l’instant même ! Imagine qu’il recommence ce soir et qu’il regarde l’une d’entre nous ! Je serais bien honteuse ! Il a un fort potentiel et j’ai bon espoir mais peut être qu’il est encore trop tôt… »

-« C’est regrettable. Il a un beau cul !  »

 

Et elles se quittent.

Et je suis triste de tant d’espoir déçu. Malheureux surtout de tant de désillusions pour ma maîtresse. J’en pleurerais et je chouine.

 

-«  Oh, bon sang ! Surtout tait-toi ! »

 

Au lieu de monter l’escalier, nous continuons tout droit vers une autre porte. Dés son ouverture, je saisis que nous sommes aussitôt dans le jardin du domaine. Le soleil est couchant, il fait encore chaud.

Mademoiselle Angie retire la laisse du collier puis jette au sol la clé de la ceinture. Je me saisis de la clé et ouvre la cage. Je bande aussitôt. Pendant ce temps, ma Maîtresse prend le tuyau d’arrosage et ouvre le robinet. Le jet d’eau éclate en gerbe froide sur ma peau.

 

-« Allez frotte-toi convenablement. »

 

L’une des pinces fixée aux tétons se détache. Le bâillon étouffe un nouveau râle. Par jeu certainement, Divine Maîtresse dirige le jet sur l’autre pince qui se détache aussi.

 

-« Maintenant, tourne-toi ! à quatre pattes, écarte tes fesses que l’on nettoie tout ça ! »

 

J’obéis. Le jet glisse dans ma raie et tape sur le Rosebud.

 

-« Enlève le ! »

 

J’obéis encore. Le jet continue ses salves sur toute la peau.

 

-« Chien tu es ! Chien tu seras ! »

 

Puis, après plusieurs positions, Divine Maîtresse ferme le robinet.

 

-« Cela est mieux ! »

 

La laisse est à nouveau fixée à mon collier. Tout grelottant, je suis ma maîtresse qui entre de nouveau dans la cave. Une serviette attend tous les esclaves punis ainsi. Mademoiselle Angie me la lance, puis me retire le bâillon.

 

-« As-tu bien compris la leçon ? »

-« Oui, divine Maîtresse, pardon, divine Maîtresse. »

 

Je me précipite à ses pieds pour les baiser avec toute la tendresse et l’amour qu’il m’est possible de lui offrir.

 

-« Il est grand temps que je me prépare pour ce soir ! Il est aussi urgent que je prépare aussi ton petit cul ! »

-« Oui, Divine Maîtresse, merci Divine Maîtresse. »

 

Et nous montons les escaliers. Je me garde bien de regarder au delà de mes mains sur le sol. Après un étage, puis un autre nous prenons un escalier en colimaçon puis un couloir. Un merveilleux lambris ciré me caresse les genoux et la paume des mains. Il y a d’autres claquements de talons que ceux de ma propriétaire.  Nous nous arrêtons afin que ma Maîtresse puisse échanger quelques mots avec l’une de ses amies.  Il semble que, derrière la dominatrice, il y est un homme. Je remarque ses jambes musclées et poilues dans un porte- jarretelles et des bas-résilles.  Nous reprenons notre route avant d’entrer dans la chambre de ma sublime Maîtresse.

 

-« D’abord, soyons pratique. Sur la table ! »

Je n’ose toujours pas lever les yeux mais je le dois bien pour la repérer ! J’aperçois quatre pieds en fer forgé et je m’y précipite. Je pose ma joue droite sur le plateau froid, écarte mes cuisses et penche mon bassin pour que l’accès à mon anus soit le plus aisé. Pendant ce temps, Maîtresse s’harnache. Puis, après avoir humecté de ma propre bave en suçant le godemiché, Maîtresse emplira avec douceur mon fondement pour ensuite le défoncer véritablement. Mon anus est alors écarté, perforé pour ne laisser qu’une ouverture béante et facile pour des utilisations futures. Divine Maîtresse enlève les boucles qui attachent le gode à ses hanches.

 

-« Garde le en toi le temps de me servir. Et gare à toi, s’il tombe ! »

-« Merci, Maîtresse. »

-« la salle de bain est devant toi. Mes vêtements, pour ce soir, dans la valise rouge. »

-« Oui, Maîtresse. »

 

Il n’y a pas de plus grands moments de joie que de servir ma propriétaire. Quel bonheur que de faire couler son bain, à la température idéale, de préparer ses habits. Et, il n’y a rien de plus merveilleux que de l’aider à retirer ses vêtements, avec cette infinie douceur légitime car c’est un rubis qui m’est donné de servir. Tout en précieuse méticulosité, j’opère en des gestes amples et fluides. C’est comme un ballet de danse classique. Je suis danseur sensible et vous êtes une muse, une déesse.

Qu’il est merveilleux de vous aider à entrer dans l’eau chaude. Pendant cet instant euphorique, j’ai entr’aperçu la perfection absolue d’un corps sublime. Un corps qui est le nombre d’or de la beauté parfaite à mes yeux. Pendant cette éternité paradisiaque, j’ai caressé une peau, avec mes gestes de servant, qui est la soie la plus douce qu’il soit. Dans le bain, je demeure prés de vous, les yeux baissés et nous dialoguons de nos lectures préférées, échangeons nos ressentis. Qu’importe si le carrelage est un peu froid, que mes mains soient en croix dans le dos et mes propos que des murmures qui se clôturent toujours par « Maîtresse ». C’est un moment unique, idéal.

 

Puis, je vous savonnerai, vous rincerai et vous sécherai. Je vous aiderai à vous glisser dans votre déshabillé de satin. Devant la coiffeuse, je brosserai vos cheveux d’or fin pendant que vous vous maquillerez. Vous m’avez appris comment faire tout cela et je sais maintenant faire tout cela à la perfection.

Ce soir-là, avant que je l’habille, ma Maîtresse s’est allongée dans un fauteuil au coussin rouge.

 

-« Masse moi les pieds, mon petit chien. »

-« Oh, oui Maîtresse ! Merci Maîtresse ! »

-« Je sais que tu aimes ça…Nous n’avons pas le temps pour un vrai massage, hélas, mais cela me suffira pour aujourd’hui ! »

 

Oui, j’aime cela. J’aime sentir la plante des pieds, y exercer les pressions et les caresses nécessaires pour que la détente emplisse le corps de Maîtresse. J’aime sentir, quand je glisse mes phalanges entre ses doigts pour que ses tensions disparaissent. Je prends le temps pour cela.

J’aime cela et c’est pourquoi je le fais si bien.

 

-« Ce soir, tu serviras. Je t’ai appris les gestes pour servir dans toute la noblesse de l’art. Sauras-tu me rendre fière de toi ? »

-« Je n’existe que pour cela, maîtresse. »

-« Bien, Tu ne porteras qu’un nœud papillon.  Et tu devras accepter tout ce que l’on te demande… »

-« Oui, Maîtresse… »

-« Tu devras aussi faire des… »

 

Mais Maîtresse ne termine pas sa phrase. Je la sens lascive tout d’un coup. Je ne comprends pas. Ses cuisses s’écartent, les pans du déshabillé aussi. Je dirige mon regard uniquement sur ses pieds. Je ne comprends pas. Sa main empoigne mes cheveux.

 

-« Lèche… »

-« Maîtresse, êtes-vous sûre ? »

-«  Lèche, je te dis… »

 

C’est la première fois. Et ma bouche glisse dans les replis sucrés d’un temple merveilleux, ma langue happe un Graal tendu de désir. L’odeur est une fulgurance de miel et d’amande. Je chavire, je perds pied, je m’engouffre dans le désir le plus absolu, je tombe dans l’abîme de l’euphorie….

 

Et je me réveille, tout en sueur, les chevilles et les poignets enchaînés au fond d’une pièce close, de la paille sur les genoux et pour tout vêtement, la moiteur de la cave qui enveloppe mon corps nu. Un sexe englué dans une cage en plastique. De la bave qui coule sur mes tétons plissés par l’acier des pinces. Je n’ai pas de bâillons dans la bouche. C’est un esclave en déglutissant qui m’a réveillé.

 

Claquements de talons.

Quelqu’un descend.

La démarche est sûre, exigeante. Les pas s’approchent. Je me redresse, les cuisses écartées et les paumes au ciel. C’est mon cadenas. La porte s’ouvre. Avec fulgurance, la beauté parfaite est devant moi. Mes yeux souffrent de trop de beauté ou de trop de lumière.

 

-« C’est bien. » Sourit Mademoiselle Angie. « As-tu dormi ? La soirée va être longue. »

-« Oui, Maîtresse. J’ai fais un rêve. Et je me dois de vous avouer quelque chose. »

-« Quoi donc ? »

-« J’ai rêvé de vous avoir lécher votre sexe sublime. »

-« Et tu oses me le dire ! »

-« Pardon Maîtresse, pardon Maîtresse. »

 

Il y a un silence vertigineux. Je ressens la colère violente chez ma propriétaire. Je ne vois que ses talons mais je sais.

 

-« Tu passeras la nuit ici. »

 

La porte claque de nouveau, le cadenas cliquète une nouvelle fois, les pas s’éloignent.

C’est à nouveau le silence.